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Périco Légasse : Manger est aussi un acte citoyen

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Périco Légasse est rédacteur en chef à «Marianne» et anime l'émission « Manger, c'est voter » sur Public Sénat.
© photo Capa pictures/ Public Sénat

Le salon de l'agriculture paysanne, Lurrama, a ouvert ses portes ce vendredi 4 novembre, à la halle d'Iraty, à Biarritz. Le journaliste, natif du Pays basque, Périco Légasse est le parrain de cette édition 2016 qui s'interroge sur « Quelle agriculture dans mon panier » jusqu'à dimanche 6 novembre.

Le journaliste Périco Légasse est le parrain du salon Lurrama qui se déroule jusqu'à dimanche à Biarritz. Il signe également la préface du livre « La cuisine de Lurrama », publié cette année chez Elkar, par l'association Lurrama.

Pourquoi avez-vous accepté d’être le parrain de Lurrama ?

Parce que je suis ce salon depuis sa naissance, que j’ai déjà collaboré à des prestations dans le cadre du salon, présidé des jurys... C’est un peu ma vie Lurrama. Je suis basque, je suis très lié à l’agriculture basque et je compte à la fois des amis et des partenaires dans cette mouvance là. Il est naturel, quand ils me demandent de venir parler que je réponde présent pour les accompagner dans cette belle initiative.

Vous animerez une conférence intitulée l’alimentation, c’est l’affaire de tous, quels sont les enjeux derrière ce thème ?

Ça tombe bien puisque je viens de publier un livre(1) pour échapper à la malbouffe et sauver nos paysans. Mon engagement de journaliste alimentaire, gastronomique et agricole, c’est de dire aux consommateurs qu’aujourd’hui l’acte alimentaire est un acte responsable, politique et citoyen. On doit faire attention à ce que l’on achète et que l’on met dans notre assiette parce que cela conditionne non seulement notre environnement, l’économie de notre pays, l’artisanat, notre santé et notre bien être.
Jusqu’à présent les gens consommaient sans réfléchir et aujourd’hui on sait que ces enjeux sont vitaux pour l’avenir de notre planète et de notre civilisation. Si les consommateurs que nous sommes ne font pas attention à ce que nous achetons, nous consommons, nous mangeons, nous allons vers de graves désillusions. Une fête comme Lurrama est là pour faire prendre conscience au public de ces enjeux. La façon dont on va consommer ce que l’on achète va déterminer notre avenir. Si on continue à manger des produits agro-industriels, fabriqués en usine, décongelés au micro-ondes et avalés à la va-vite, ce sera une catastrophe alimentaire et planétaire. Il faut revenir à des produits frais, de saison et surtout faire beaucoup la cuisine à la maison.

Comment fait-on pour changer nos habitudes de consommation ?

Nous avons été mal éduqués. Mon combat essentiel, c’est que l’école, nous apprend à lire, écrire et à compter. L’instruction civique nous apprend à vivre ensemble. Aujourd’hui l’école doit retrouver cette vocation d’instruction citoyenne. Je me bats auprès des instances politiques concernées pour qu’il y ait des classes du goût à l’école. Qu’on apprenne aujourd’hui à nos enfants, qui sont totalement désinformés, à devenir des consommateurs avisés. Il faut que ce soit un programme national et généralisé à toutes les écoles. Dans mon émission sur Public Sénat, je compte interpeller les candidats à la présidentielle, un par un, sur cette question qui est à mon avis un enjeu politique majeur.

Pensez-vous que les politiques prennent le sujet au sérieux?

En termes de déclarations, la main sur le coeur, ils disent tous que c’est fondamental et qu’ils vont s’en occuper. La classe politique est partante à 100% mais il ne se passe rien. Par exemple, sur les cantines scolaires, il y a un vrai débat dans le pays. Est-ce qu’on peut enfin donner à nos enfants des aliments sains et non pas des produits industriels ? Tout le monde est d’accord mais il doit y avoir 10% des cantines scolaires qui ont intégré cette problématique.
Lurrama fait partie de ces initiatives et manifestations où l’on évoque tous ces sujets et que l’on fait prendre conscience aux gens qu’il faut se battre.
Un citoyen français lambda n’a aucune prise sur les effets financiers, internationaux, politiques. Il y a un poids sur lequel nous pouvons peser lourd, c’est la façon dont on se nourrit. Si à chaque fois qu’on va acheter un produit, on se demande, d’où est-ce que ça vient ? Comment ça a été fait ? Par qui ? Est-ce que ça me fait du bien ? Est-ce que ça fait du bien à un paysan ? alors on peut bouleverser la situation. Faut-il encore qu’on ait envie de se poser ces questions.
Cee qui est formidable avec Lurrama, c’est que derrière, il y a toute une organisation avec EHLG, et un label alimentaire Idoki qui fédère les producteurs.
Ce qui est fait au Pays basque, même le ministre de l'Agriculture, Stéphane Le Foll, m’a dit que c’est un exemple à suivre. Les paysans basques ont réussi à mettre en place un fonctionnement, une cohérence et une assiduité qui sont exemplaires.

Signer la préface du livre de recettes de Lurrama participait de cette démarche ?

La finalité de tout ça, c’est quand même de mettre quelque chose dans l’assiette (rires). Cette préface, je l’ai faite parce que j’ai vu l’agriculture basque évoluer, se rassembler, prendre conscience des enjeux, et aujourd’hui on en est rendu à la mise en place d’organisations et de structures qui sont exemplaires.
Ce livre de cuisine est un peu une consécration. Les recettes sont faites avec des produits élevés et travaillés par ces gens-là. Ce n’est pas seulement une démarche, c’est l’aboutissement de trente années de travail. On peut désormais se nourrir et faire des recettes de cuisine bonnes et pas chères avec des produits que les paysans basques ont décidé de sauver, préserver ou transmettre. Pour moi, c’est un livre politique. C’est la preuve qu’ils ont gagné une première étape parmi les nombreuses batailles qu’il reste à mener.

(1) « A table Citoyen ! », 96 pages, collection Le poing sur la table, éditions du Cerf, 5 euros. Il anime également l'émission Manger, c'est voter sur Public Sénat. Prochaine diffusion le 10 novembre.

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